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christian-camerlynck.over-blog.com

Guy Noël Le Corre un ami, un grand professionnel

6 Décembre 2011 , Rédigé par christian-camerlynck.over-blog.com

lecorreguynoel.jpgEn escale dans un aéroport, alors que je l’appelais pour savoir si Guy Noël avait reçu les documents définitifs de notre dernière collaboration, j’apprends la Nouvelle. Il est à l’hôpital avec un problème cérébral sérieux. Notre chère Monique approche le téléphone portable de ses oreilles et nous nous parlons un peu. Il me dit « il faudra du courage ». Le manteau d'arlequin s'est fermé définitivement sur la vie de cet homme généreux.

 

Oui, cher Guy Noël il nous faudra du courage pour imaginer la vie sans ta présence fidèle, si tendre ! Et exigeante aussi. Tu supportais mal de rester sans nouvelle des gens que tu aimais. Tu aimais savoir où ils en étaient sur le plan professionnel et personnel, tu aimais que l’on partagea nos dernières émotions artistiques. Ta tendresse tu l’exprimais peu avec des mots mais bien plus par ton engagement à nos côtés, en studio ou sur scène. Un regard, un sourire ou une moue et nous comprenions si tu appréciais ou pas. Tout était dans ta façon si personnelle  de faire ton travail.


 Je t’ai rencontré grâce à Joséphine Markovits et au festival d’automne de Paris, la première année où j’accompagnais un groupe de femme africaine Xhosa, Tsonga et des musiciens Wenda. Dans la salle des Bouffes du Nord nous assistions à une première mise en espace de ces femmes qui chantaient, comme elles le faisaient dans leur village, dans un pays où l’apartheid sévissait toujours. Je te revoie, les larmes aux yeux, gagné par l’émotion, dire à la fin de la présentation. « On ne va pas sonoriser çà, on va tout casser… à moins que … juste un petit soutien sonore pour percevoir les subtilités musicales » C’est la première fois que je voyais un Homme qui loue du matériel, renoncer à une affaire, par souci essentiel de respecter l’artistique d’abord. Dès ce moment je ne voulais plus te perdre de vue

Respecter l’artistique fut ton œuvre cher Guy, et veiller à la cohérence était ta véritable ascèse.


Je t’appelais mon metteur en son. Depuis huit jours, je revois, je revis nos aventures de spectacles : L’espace Acteur, Avignon, Le théâtre du Renard,  le premier enregistrement de CD dans ton studio, dans des lieux rarement équipés pour ce travail et même  une ancienne grange transformée en salle de spectacles.

Tu t’imprimais du lieu, de l’espace sonore, posais des tapis, tendais des draps, tirais des câbles, choisissais et installais les micros adéquats. « Ne me demande pas comment ça marche mais viens, écoute… tu entends la différence quand j’ouvre ce micro là seul, et quand j’ouvre ces deux là. Tu entends la différence. Est-ce que c’est ça que tu veux ? Tu es sur ? Tu sais que ce n’est pas habituel de travailler comme ça. C’est bien ça que tu veux ? »


Pour Le premier CD en Commun enregistré dans ton studio, à Malakoff, je t’avais dit que je souhaitais faire un enregistrement de textes et de chansons comme une émission de France Culture, à une heure avancée de la nuit… et tu l’as fait. Tu m'as fait écouter des enregistrements de bruits de la vie, bistrot, rue et aussi des bruits de tempêtes de mer... Nous nous en somme servis pour ce qui est devenu un collector. Un objet qui n'a rien à voir avec le système actuel de la production musicale.


Être au service,  c’était une obsession. Bien travailler. Bien servir.  Dans la cohérence, combien de fois ne m’as tu pas dit : veille à la cohérence Christian…

Au cours de repas partagés tu me racontais, Brel, l’Homme de la Manche, Xénakis, les présentations d’Yves Saint Laurent. Tes yeux devenaient humides. Je me souviens quand tu racontas qu'un des personnages de la comédie musicale maniait un fouet le faisait claquer au raz de la tête de la chanteuse protagoniste Joan Diener interprétant Dulcinéa. Le fouet claque sur le visage de la chanteuse qui continue, son chant... a la sortie de scène, le responsable du coup de fouet va s'excuser, très gêné, auprès de la star américaine qui lui répond :" c'est de ma faute, je n'étais pas à ma place." Tes yeux se mouillaient à chaque fois. Tu essayais de masquer tes émotions, mais si mal.  J’ai souvent revu, ce regard ému derrière la vitre de l’atelier ou tu pratiquais ton art de la mise en son, quand je chantais Amsterdam ou Debronckart, quand Jean Paul Roseau interprétait un prélude de Bach ou m’accompagnait en scène, en studio. Ta concentration, ton exigence nous incitait à donner le meilleur, mais avant tout tu insistais sur la Vérité, la Sincérité.

 En privé, auprès de mes amis, je t'appelais mon tendre Nounours. Tu nous manques déjà.

 

Comment vais-je faire maintenant pour aller à la rencontre du public sans ces moments de préparation avec toi. Sans nos échanges au téléphone où tu me racontais ce que tu allais faire. Sans ce rituel, quand tu entrais dans la loge pour m’installer le micro HF que tu avais bricolé sur une branche de lunettes d’enfant. Ta main qui me passe dans le dos discrète mais qui m’ôtait le tract et me donnait l’énergie pour ces voyages magnifiques et uniques que sont les spectacles et que tu aimais tant. Tu n’as jamais raccroché.

Entre nous il y a une relation à la fois un peu filiale, paternelle, amicale, professionnelle, fraternelle difficile à définir. De ma part une confiance totale et une grande admiration. Je remercie la vie de nous avoir réunis. Sans toi jamais je n’aurais pu réaliser mes projets. Tu pestais parce que nous n’avions pas les moyens d’aller à la rencontre du plus grand nombre.Quand je me décourageais tu étais là, toujours. Tu invitais  tes amis et ta chère Monique à partager ces moments uniques à Arras, à Paris, à Cortot. Avec toi, si j’en avais eu les moyens, j’aurais passé ma vie à enregistrer des musiques, toutes les chansons que j’aimais et qui m’ont accompagné.

J’aurais tellement aimé que tu puisses continuer encore à partager ton expérience, tes compétences avec nous, comme tu le fis sans cesse et jusqu’à la fin avec ceux qui te le demandaient.

Guy –Noël je ne peux que paraphraser Brel pour te dire merci et exprimer le chagrin et j’en demande pardon à tes amis et à ta famille d’être si égoïste à ce moment-ci, mais ils savent peut-être que je perds un ami avec lequel jamais, je ne me suis senti autant COMPRIS.

"...Perdu en mer, Guy Noël , tu frères encore… c'est le vent du Nord qui me fera capitaine d'un brise Larmes pour ceux que j'aime ...perdu en mer  Guy Noël On t’aime encore… ! "

Merci aussi Chère Monique d’avoir si bien accompagné Guy-Noël dans son chemin de vie et dans son amitié avec Jean Paul et Moi ainsi qu'avec tous les artistes qu'il a rencontré.

Christian

 

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