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christian-camerlynck.over-blog.com

Visite à Chichicastenango Guatemala

4 Avril 2013 , Rédigé par christian-camerlynck.over-blog.com

L'ambiance de Chichicastenango nous envahit : la foule, les couleurs de tissus tous plus beaux et plus forts, les odeurs d'encens sur les marches de l'église où les chamans et fidèles des religions anciennes font leurs dévotions en même temps que les curés catholiques font les leurs et invitent leurs ouailles à abandonner leurs divinités ancestrales. L’ensemble est en soi un spectacle unique. Dans cette foule, Les touristes en majorité américains et les français que nous sommes, sont justement, légèrement bousculés pour qu’ils cèdent le passage à ceux qui livrent ce qu’ils portent. Les locaux chargés plus que des mules, Hommes, femmes, enfants parfois toute une famille,  pliés en deux par la charge des fruits et légumes ou des ballots de tissus, de masques bigarrés, les petits vendeurs de flutes peintes et sculptés, tous tentent de se frayés un chemin et de vaquer à leurs occupations hebdomadaires. 


Mes mots sont bien faibles pour décrire ce trésor de l'humanité.

A la sortie de l'église, archi-bourrée de fidèles agenouillés, main jointes qui enserrent une bougie dégoulinante, vendent un parterre de fleurs jaunes blanches, bleues, en gerbe, à même le sol, des femmes assises sur les marches, des  bébés enveloppés dans une sorte de couverture tissée-main nouée autour du corps des mères, en contrebas dans le seul espace qui reste à la circulation humaine, ça se bouscule,  s'écarte, se fraye un passage d'un geste doux de la main qu'accompagne de petits cris aigus. Les touristes dont je suis, le nez en l'air, photographient les visages, les couleurs des  vêtements, les statues et ont bien du mal à voir l'homme, la femme, l'enfant qui, lui, travaille.

 Mon vocabulaire et trop pauvre, les photos trop petites, même une caméra serait un outil impuissant pour faire ressentir  ce lieu, ces humains qui résistent à l'uniformisation galopante de la planète. En un clin d'œil deux  visages  une femme, un homme paraissant venir directement d’Asie, me transportent en Birmanie où j'ai vécu des scènes similaires.


Un choc émotionnel, un de plus.

Des gens de cultures différentes, à des milliers de kilomètres les uns des autres : Birmanie Guatemala, en contact avec les mêmes matériaux : des cotond, laines, bois, herbes à tresser, plantes dont on extrait la teinture, bambous... ces gens qui ne se sont jamais rencontrer réalisent les mêmes objets, les mêmes figures, les mêmes dessins mais, empreints de leur histoire, de leur rapport à la nature, à la terre mère, à leurs Divinités, à leur identité et ce, depuis des siècles.

La matière engendrée par la Terre-Mère commande ses formes et ses couleurs à la femme et l'homme qui organisent, au gré de son humeur et de ses émotions, les lignes les formes et les couleurs.

La nature ose tous les contrastes, toutes les harmonies, dialoguant avec les matières, les humains tissent leurs vêtements et objets usuels s'inspirent des éléments qui les entourent, partagent avec eux leurs quotidiens.


Et nous que faisons-nous ?

En moins de cinquante ans nous rasons tout ça pour l'uniforme universel : le jean.

Au même moment on tue la  variété des graines que donne la mère nature.

 MONSANTO, prédateur universel des paysans avec ou sans terre, veut devenir l'auteur-producteur exclusif, le Dieu qui régira la nourriture des humains de la planète.

Au même moment, les  radios diffusent de plus en plus la même  musique, les mêmes David Guetta, les télévisions les mêmes jeux, les mêmes compétitions genre « the voice » ou « Koh Lanta », les mêmes téléfilms, les mêmes séries. Les restaurations rapides nous sert les mêmes saloperies à manger et boire dans des couverts en néoprènes horrible qui pollue les campagnes, les forêts et les rivières de par le monde.

Balayés la diversité biologique, balayée la diversité ethnique, balayée la diversité Culturelle.


Mais pendant ce temps là

Pendant ce temps-là.... "Sous les étoiles exactement" l'ami Serge Levaillant résiste… en proposant la diversité des musiques, des chansons, des œuvres littéraires ou de BD. Sur son Facebook avec régularité il photographie ses petits plats qu’il cuisine pour celle qu’il aime ou pour une bande de copain. Levaillant : Le Veillant que ce nom lui va bien. Le toujours vaillant veille. Tel un gardien de phare il nous  invite au partage d’autres valeurs, pour lutter, en bon épicurien, contre la morosité et la médiocrité des temps. Bien sur quelques autres comme lui,  Philippe Meyer, Hélène Hazera, Radio Libertaire, quelques responsables de scènes nationales françaises, d’opéras, quelques centres de théâtre de par le monde, Ariane Mnouchkine, le Forum Léo Ferré, le Limonaire, tentent de résister... tout comme le font les artisans et paysans Birman, guatémaltèques, les Hondureños, les musiciens Cubains... Les "chantauteurs" de nos complaintes. Je ne peux m’empêcher de faire le lien et d’y voir une même volonté de poursuivre la résistance.

 

Ne pourrait-on envisager un monde qui se développerait en respectant les diversités, en permettant aux paysans qui nous nourrissent, de profiter du développement en rémunérant leurs savoirs au lieu de les transformer en esclaves, victimes des Leclerc, Auchan, Carrefour, Colonias,  Wallmart... et consort?

 

Ces quelques lignes sont aussi pour exorciser ma peine. Celle d'avoir été volé de quelques Quetzales et Lempiras, hier au marché de Chichicastenango par un pickpocket. Il m'avait repérer achetant et échangeant avec des artisans. Il a profité d'une bousculade. Et Hop 300 € enlevés! Bon l’argent c’est une chose… Mais devant l’augmentation des vols la fréquentation du marché? ce lieu magique baisse.  Alors les artisans doivent aussi organiser la résistance pour défendre le Marché de ce village Quiché. Si on ne construit pas un monde plus juste, si on ne construit le monde que pour et par les banques si on ne voit pas l'humain et la nature au centre de tout, on fabriquera des brigands qui se feront justice.


Comment trouver les moyens de protéger de promouvoir ce qui le peut encore. C'est possible!  Je le sais! Je l'ai vu ! Je l’entends sur certaines ondes, dans plusieurs endroits de la planète. Il suffit juste que nous en soyons persuadés chaque minute de notre quotidien, que nous nous adaptions. Que nous ayons un autre regard sur l'autre, que nous acceptions sa différence, son originalité, que nous l'admirions pour ce qu'il est et non comme nous voudrions qu'il soit. Que nous luttions contre l’UNIFORMISATION, que nous fassions la promotion de l’originalité, de la différence…

Ça aussi, à mes yeux,  c'est politique, de la politique individuelle et exportable. Pas besoin d'un chef, d’un président, d’un Dieu pour celA ; simplement être un humain qui croit en la beauté des choses, des Femmes, des Hommes.

 

"J'en ai tant vu qui s'en allèrent ils ne demandaient que du feu, ils se contentaient de si peu ils avaient si peu de colère, j'entends leurs pas, j'entends leurs voix qui disent des choses banales comme on en lit sur le journal, comme on en dit le soir chez soi, ce qu'on fait de vous hommes, femmes, aux pierres tendres tôt usées et vos apparences brisées vous regarder, m'arrache l'âme ..." Louis Aragon. 

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