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christian-camerlynck.over-blog.com

Allain Leprest

27 Août 2011 , Rédigé par christian-camerlynck.over-blog.com

 

Il est grand temps que nous élevions nos Voix. Je ne pouvais être présent à Ivry le jour des funérailles et j'en avais averti ce cher Didier Pascalis. Quand nous avons appris le 15 aout à 8 heures de matin la mort, d'Allain nous animions un stage de chansons pour amateurs à Anduze. Chaque jour nous passions deux heures à apprendre "Etrangement" magnifique œuvre d'Allain et Romain Didier". Un compagnonnage rare entre ces deux beaux artistiques n'est d'ailleurs pas assez signalé. Le jour des funérailles, j'étais à Nantes pour le même genre de travail, et nous avons chanté Allain et Romain. Continuons son œuvre, chantons le poète. Depuis plusieurs années La soirée du 1er mai lui était réservée au Forum Léo Ferré. Pourquoi ne pas faire de cette date un jour de Fête des chansons d'Allain
Je vous embrasse tous amis saltimbanques, auteurs qui nous habillez de vos mots. Merci à vous de nourrir ceux qui comme moi essayent tant que faire se peut, d'être de modestes passeurs de mots et notes.
Je vous tendresse
ci dessous le mot Aain Fantapié Président de l'Académie Charles

Hommage à Allain Leprest, Cimetière d’Ivry sur Seine, 23 août 2011

Salut, Allain !

« Donne-moi de mes nouvelles ! » 

Ce n’est bien sûr pas à nous que tu pensais dans l’une des plus bouleversantes de tes chansons. Mais on est venus quand même, parce que nous aussi on t’aime, on est venus quand même, en amis, te donner de tes nouvelles.

Je ne vais pas te rappeler ce qu’écrivent tes biographies, les officielles, les autres. Ni te parler de celles que l’Histoire, avec un grand H, va te consacrer en te donnant enfin la place que t’ont obstinément refusée les écrans pathétiques des télés, et ceux qui ne savent user de leurs oreilles pour entendre, ni de leur cœur pour comprendre.

Lors d’une de nos trop rares,  et si précieuses rencontres, tu m’avais raconté comment l’amour de la chanson, et de l’écriture, t‘était venu. Grâce, d’une certaine manière, à un Teppaz (que le démocratique Teppaz en soit béni, qui a fait un temps entrer la musique dans les maisons, et les chambres d’adolescents !).Ton frère et toi vous passionniez, lui, de deux ans ton aîné, plutôt pour le répertoire anglophone, toi, à 15 ans, franchement  pour Brassens et Brel.

Ecrire te démange et en 1981, alors que j’étais rapporteur au Haut comité de la langue française, j’avais eu entre les mains un exemplaire d’un petit recueil de poésie préfacé par Tachan, Tralahurlette, qui avait attiré l’attention du linguiste amoureux de la langue que j’étais. 4 ans plus tard, on commençait à prendre ta mesure, tu aurais dû recevoir le Prix international Jeune chanson, décerné, au nom du Premier ministre,  par ce même Haut comité de la langue française. Après Yves Duteil, après Gilbert Laffaille, après Francis Bebey, c’était le début d’une lignée. Mais voilà, cette année là, le prix Jeune chanson fut supprimé. Qu’importe, sans les avoir cherchées, les distinctions tu les as ensuite collectionnées, toutes celles qui ont véritablement du sens, le prix Raoul Breton en 1996, un Grand prix national de la musique qui t’est remis par Catherine Trautmann en 1999, le Prix de poésie de la Sacem l’an dernier. Et à l’Académie Charles Cros, par trois fois, Grand prix international du disque pour Voce a mano avec Richard Galliano en 1993. Coup de cœur Charles Cros pour la vidéo Chanteur citoyen, et  notre plus prestigieuse distinction, en 2008, Grand Prix In honorem pour l’ensemble de ton œuvre et de ta carrière, à l’occasion de la publication de Quand auront fondu les banquises et de Chez Leprest.

C’était la reconnaissance d’un poète, la plus belle écriture depuis Eluard et Aragon, une langue sculptée avec des gestes d’ébéniste amoureux et pourtant jaillissante de vie, de surprises, d’apparente spontanéité. Claude Nougaro, pourtant pas souvent tendre pour ses confrères, n’était pas aveugle, qui s’enthousiasmait « Leprest est l’auteur le plus flamboyant que j’aie rencontré sous le ciel de la chanson française ». Mais tu n’es pas seulement un artisan inspiré, habité par les mots et par les images. J’entends ta voix de rocaille, voix trop tôt brulée, voix toujours brulante. Celle du diseur dont les mots interpellent, bousculent, font exploser notre coquille de protection. Tu étais, Nougaro l’a dit, une « torche de talent ».

Et puis tout ne se résume pas à l’artiste. On t’a aimé, on t’aime d’abord parce que tu nous bouleverses par ta générosité dans les engagements, ton humanité, ta tendresse, ton humilité. Par cette grande part d’enfance que n’arrivait pas à dissimuler ton immense pudeur. Par tes fragilités, tes failles aussi, qui paradoxalement révélaient toute la dimension de ta force. Notre peine rejoint celle de ta famille, et de celles et ceux que tu as aimés, et qui t’ont aimé.

Ce qui reste vivant, après notre mort, Allain, tu le sais, nous en avons parlé un jour, sur un banc au Salon du livre à Redan, et Anne Sylvestre, Francesca Solleville, Ricet Barrier, Pierre Vassiliu, Serge Utgé-Royo, vieux copains, n’étaient pas loin, nous étions comme une famille en partie de campagne. Ce qui reste vivant après notre mort, ce qui nous survit, c’est ce que nous avons transmis et qui vit en d’autres. Et tes chansons, tes disques, tes vidéos continueront à nous habiter et à nous marquer de leur empreinte. Suis-je différent de t’avoir rencontré ? Et combien l’auront été ? Et combien le seront ? Tu es un créateur, mais tu es aussi un passeur. C’est ce que qui m’est apparu avec force dans mes conversations avec tes amis, comme Romain, merveilleux Romain, bien sûr, mais aussi avec les chanteurs de la nouvelle génération, tous ces jeunes que l’Académie Charles Cros repère et découvre avec bonheur, et qui sont le sang neuf, le sang rouge, très rouge, de la chanson française. Dans mes conversations avec eux, invariablement ton nom revient, marque d’une immense et affectueuse admiration partagée.

Salut Allain, salut camarade, sacré coco !, salut l’artiste, salut l’ami : les banquises ont fondu, mec, mais tu as fertilisé les meilleurs, et tu vas continuer à ensemencer. La plus prolifique des descendances t’est promise, Allain, sois en paix, alors que toi, tu seras devenu du jazz dans le sax du Bon Dieu.

 

(Alain Fantapié)

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